Samedi 3 juin 2006
 Les toits blancs s'etendaient le long de sa vue. Les draps étalés le long des murailles. Les tapis  s'ensoleillaient sur les terrasses des voisins, elle amassait son regard plein de nostalgie, son coeur était resté flottant sur la baie de Tanger, sa maman, ses soeurs et ses petits frères.
 Ses seize printemps à peine entamés, khnata devait épouser la chaleur de cette ville où son destin l'avait mené tout comme elle devait épouser le mode de vie redondant de sa belle famille.
 Elle inspirait. Tanger traversait ses narines.Tanger qui avait fait d'elle l'enfant, la belle.Tanger l'intrenationale. Tanger la bourgeoisie, les machines à laver, les fers à repasser, les shampoings, les savons, la farine blanche, le riz italien.
 Khnata se rememorait  les sejours dans la maison familiale, les grandes receptions, la porcelaine, l'argentrie, le raffinement des ornements.

 Khnata la Tangeroise. La guerre eclatait, les vivres et les munitions se faisaient rares à fes. Les telegrammes fusaient de partout, les morceaux noirs de savon affranchissaient les vetements de leurs poussières, khnata continuait à frotter. Dada Mrzaka etait là pour approuver l'eclat blanc des etoffes qu'elle dressait sur le fin fil d'acier supendu. Les marmites dont les contenus mijotaient répandaient des odeurs qui faisaient fremir le plus insensible des palais. Les repas familiaux reunissaient le petit monde comme le grand monde. Son premier enfant naissait à Fes. Dans ses veines Tanger se deferlait. Tanger la clamait. Son mari mutait, elle regagnait sa ville natale,  retrouvait son enfance dorée entre les vents de l'atlantique et la mediterannée. Le joyau de la famille comme son père adorait l'apeller venait de preter à la vie son second bébé Jawhara.

 Jawhara comme son prenom le predisait, etait la jolie pierre animée de la maison. La fillette rayonnait, la blancheur de sa peau, le chatain de ses cheveux, les traits fins de son visage berçaient la beauté qu'elle allait etre. Insouciante elle s'abritait sous le ciel bleu, le soleil egayait ses années, les vents de Tanger polissaient la douceur de son mignois.
 Amal son futur mari la cherissait, en prenait soin telle une rose qui se preparait à eclore.

 Amal et Jawhara " trbouch" et sa "chachya", l'éclosion  de la fleur. Le parfum du bonheur. Un amour sans faille. La fusion de deux ames.

 Jawhara inspire, marque une pause, une larme fend sur sa joue. Son cou penché vers la fenetre, ouverte sur le jardin, caline son bonheur enfoui dans la verdure des arbres qu'elle comtemple.

 Amal la dorlottait comme il dorlottait leurs deux enfants. Après le dejeuner, partait à son bureau, retournait à la maison, faisait signe à sa dulcinée puis reprenait chemin, à peine arrivé, il telephonait pour entendre un brin de sa voix. Les sorties, les voyages, les fetes, la tendresse. Les regards admirateurs des voisins du joli couple qui se paufinait .
  Un matin pas comme les autres pour feter leurs dix années de bonheur intense,  avec son air malicieux Jawhara essayait de deviner son cadeau, son mari lui insinuait que le lendemain elle verrait. Le lendemain ne venait point Amal s'est envolé à dieu. Jawhara sombrait dans un coma profond. Elle venait d'empieter la passerelle entre son bonheur et son malheur .
 
 Jawhara se tait, me regarde tendrement puis poursuit.

 L'amour de sa vie a quité le bas monde, veuve à vingt huit ans, deux bébés, deux années en déni, deux années de deuil puis elle comprenait que Amal etait vraiment parti .
  Akram un ami qui affectuait particulièrement le couple a su reprendre les blessures de Jawhara les soignait comme il pouvait, adoptait ses enfants et racontait assis près de Jawhara comment il avait été admirateur du couple et du défunt et avouait oh combien il etait heureux que le bon dieu lui envoyait un cadeau du ciel aussi énorme; Il continuait sa phrase et j'entrevoyais l'émotion remonter en ce bel homme au coeur tendre et au visage serein .

  Jawhara la blessure à l'ame, parcourait ses souvenirs et me dit: "Amal a mis au monde les enfants de Akram. Et moi mon coeur bascule toujours entre les deux hommes de ma vie et j'en remercie dieu " .

Jawhara plonge  ses yeux dans ceux d'Akram. Le sourire sur les deux visages. La vie dessinée au fond de leurs mémoires. 
Que dieu est bon, me disent -ils. Que dieu est clément.

IB.
par imanita publié dans : Histoires d'ailleurs
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Mardi 21 février 2006
Une virée au coeur de la ville par cette soirée sans nom, les lumières des phares éblouissaient les yeux des mouettes endormies sur les toits de nos pensées vagabondantes, des pentes trempées de pluie qui s'était filtrée depuis deux jours sur le port de l'oubli, un vent qui sillonnait nos chevelures noires...
Un bruit amplifié par le cri de nos ames qui emplissait la voute grondante de cette immensité qui s'offrait à nous...

Les vagues qui venaient effleurer nos etres, la presque lune, la douce montagne, la femme rebelle qui empoisonnait la chair des derniers ivrognes qui traversaient ses ruelles encore illuminées par des lampadaires abrutis par les mots des quelques etres qui s'aggripaient encore à la vie...

Un silence, un morceau de pizza arraché à la hate des fourneaux, une fosse à la recherche d'une existence déjà loin dans la pénombre, des hommes creusaient et d'autres comtemplaient l'oeuvre par cette nuit endolorie...

Nous étions soudain loin, le flôt de la vie nous rabattait les ailes, nous marchions d'un pas volant...nous nous cherchons, nous nous perdons...la colombe blanche était bizarrement deux colombes roses soudées l'une à l'autre...

Nous continuons la montée de la pente ardue, nos coeurs ruinés par la vie en soupçonnaient la naissance d'une autre...

Nous entrons dans la foule, une banquette, des gens, des femmes, des hommes, de la fumée de tabac, de la musique qui ne m'atteind pas, mes yeux virvoltaient dans cette crispation collective, des bras qui s'élancent, des chevelures incommodes qui frisent le brouillard des cerveaux endormis, une fusion dans ma tete d'images entrecoupées de deserts, d'une terre infertile, de soif, de sécheresse, d'une froideur chaude des sens, des rires déchirés, des rires qui brisent le miroir de ces vies, une absence, des absences, un désordre dense...
Un brouillard d'idées m'envahit, je palpe l'oubli, je palpe le divan sur lequel je suis assise, le rouge brique des murs de cette salle sombre me rejette au fleuve chaleureux d'une vie que j'espère tant mais qui là s'embrouille dans le froisssement des corps, de ces silouhettes démarrant leur danse de nuit, de ces corps démunis de vie, des fils suspendus de leurs tetes à pas plus loin que le plafond de cette grotte qui les abrutit...
Aucune vie...
 Je ne sentais que du brouillard, des yeux en face, des yeux à coté, des yeux partout, mais aucune perception, mes sens étaient gelés, j'étais loin, mon bonheur était loin, mon bonheur est plus clair, mon bonheur est plus serein, mon bonheur est plus fluide, mon bonheur est un lac de fraicheur, une musique qui anime mon etre, une couleur qui danse, un parfum qui dessine mon sourire, une pluie qui adoucit la mélodie de la vie en moi...je cherche les yeux de mon ami, on se lève, on court, on remonte les marches, une  sortie, une ouverture, une vie qui s'offre à nous une lumière dans nos coeurs, la lune est là pour nous acceuillir...

 Les deux colombes étaient là pour nous dicter nos chemins, nous le suivons, nous continuons notre marche, je reposais ma tete sur le coeur de mon ami, et j'écoutais la vie, j'écoutais les premières notes d'une musique qui puise son chant dans les parcelles de cette pluie...le ruisseau est né, le ciel nous ouvre ses bras, les anges de leurs lumières s'approchent...les mots sont loins, les maux sont loins... l'eau est là, la pluie est là, elle m'héberge dans son ame, elle enrobe d'un fin fuselage amoureux nos deux coeurs, la pluie est ma reine, la pluie est ma compagne de bonheur...

On s'en va, la vie est là, les colombes percent de leurs gorges la fleur du bonheur...
L'eau se voit creer des ailes dans le coeur de l'océan, le vol de l'océan illumine la danse de nos coeurs ...
Le vol de nos deux vies a repris...
Les deux colombes ont décollé, il était temps, il était le bon temps, sans meme se regarder, elles franchissent le ciel pluvieux, elles s'envolent...

IB.
par imanita publié dans : Histoires d'ailleurs
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Dimanche 30 octobre 2005
Entre toutes les grandes bâtisses, gisait le vieux terrain recouvert de nombreuses herbes folles, comme j'aurais dit si j'avais encore dix ans; les plantes anarchiques, les arbustes, les fruits de hazard de toutes les graines transportées par le vent avaient élu cet endroit comme le leur, l'avaient apprivoisé comme si c'etait leur terre nouricière; les herbes  s'amoncelaient  toutes et dominaient la place centrale comme pour exprimer leur droit à la vie malgrè tout et tout le monde, elles s'agrippaient les unes aux autres, elles se cramponnaient à la moindre petite branche, s'effleuraient sans contrainte sous le soleil, sous le vent sous la pluie, peu importe le climat, peu importe les ténébres les ouragans, arc en ciel ou brise matinale rien ne faisait la difference, ces herbes etaient là, y persistaient et se cramponnaient à la vie comme pouvait se cramponner cette âme solitaire, oubliée, rejetée par ses semblables, chatiée, injuriée, cette lamentable créature jumelle de ces herbes, soeur dans l'âme et dans le coeur de ces herbes folles avec leurs épines et leurs racines enfouies au ras du sol, elle s'abritait sous ces murailles végétales, en avait fait ses copines, en avait fait ces voisins de  nuit, ses amis dans son ennui, ses compagnies dans son oubli dans sa solitude, dans son errance et son agonie; toutes ses veilleées nocturnes,
elles étaient là pour elle, elles étaient à l'ecoute de ses souffrances, elle leurs avaient raconté sa vie de gamine jusqu'à celle d'aujourd'hui, elle leurs avaient conté sa petite enfance en famille, ses parents, sa mère, son père, toute sa fratrie, les paisibles moments qu'elle avait dû partager dans sa modeste maison, son premier jour d'école,ses petits camarades, son adolescence animée par ses nouvelles connaissances, ses rêves à quatorze ans, ses émotions, ses joies et son insouciance, ses états d'euphorie qu'elle partageait avec ses cousines et les filletes de la ruelle voisine;

tout ce beau monde, elle a dû s'en séparer petit à petit pour rejoindre la terre des grands, le monde des adultes avec ses peurs et ses craintes, elle abandonnait en elle la douce fillette pour se métamorphoser en femme adulte; à un tournant de sa vie,  terrifiée par l'inconnu, la conscience lui échappa, elle dû virer, prendre un autre chemin semé d'embuches, tortueux, un labyrinthe vivant, cultivant ses sinuosités parmi ces herbes, ces brins de folie ...
Un matin comme les autres, après une nuit lamentablement passée entre les sujets de sa rebelle compagie, elle se reveilla aux sons de déchirement de ses amies, sous ses haillons, elle devinait que le feu avait pris lieu, il s'emparait de ses babioles imaginaires, de ses lustres qu'elle avait soigneusement caché sous son oreiller de paille, elle ramassait, empilait sa garde robe magique, essayait de sauver le maximum de ses jolies tenues, ne pensant à rien, elle croyait que c'était encore le destin, que le feu n'était que l'élément qui devait suivre le vent, elle relevait la tête pour deviner que ce grand feu qui prenait d'assaut toute sa demeure était le prix qu'elle devait payer à ce beau monsieur qui avait donner l'ordre d'en mettre là où terrée, la pauvre créature "Nora" avait bâti son monde, l'avait adopté et caliné comme une mère pouvait caliner son enfant, l'unique, le polyhandicapé, le morveux, le retardé mental, le bercer de toute son âme car il etait sien et elle etait  là tout simplement pour ses peines ..
Nora a perdu son furtif abri, on a mis feu à sa demeure, quelques pas, une dizaine de mètre plus loin elle s'accroche de nouveau aux débris qui s'entêtent, aux herbes échapées au feu, un bonhomme à l'allure chetive lui jette des cailloux et des gros pour qu'elle s'en aille, je sens en moi une rage monter dans la fumée du feu envahissant le ciel comme pouvaient l'envahir les cris de nora ...
 je crie de toutes mes forces pour que le bonhomme s'arrête, Nora me vit du balcon de ma bâtisse, elle me supplie, elle a bien vu, elle a bien senti que dans mon coeur je porterai toujours son cri à elle en moi, toute cette injustice, tout le rejet de tous ses semblables, elle a eu une vie tourmentée, elle sombre dans la folie et tous ces autres que font-ils ? ils s'ennuient de la voir périr, ils s'ennuient de sa présence, ils s'ennuient et mettent feu à l'abri d'une créature qui aurait très bien pu mener une autre vie, une autre existence, une existence meilleure,une existence plus calme, plus sereine, peut-être aurait-elle pu être la leur,... la mienne,... la même,...
peut être...

A celle dont j'entends encore les cris...
A Nora...

IB.
par imanita publié dans : Histoires d'ailleurs
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