Souvent j'arpente ces parages et la nostalgie de toutes les parcelles de l'autre me reprend. Je souris comme pour me preserver d'une tristesse apparente, comme pour me dissuader de ce vent interieur, de la vue de ce lac séché en moi. Je tente d'y mettre eau, de redonner vie. Juste une petite lumière, juste une goutte et je filerai sous le courant où je laisserai mes herbes parcourir le mont vert de ma vision. Mes doigts me trahissent me disait-il. Mes doigts me trahissent, je lui dis. Et je reste épatée devant ma propre stupeur. Moi c'est mon coeur qui me trahit. C'est l'habit de ma raison qui me trahit et je ne sais plus.
La vie court en moi, je la suis. Je cours. Je recueille tous ses nuages, tous ses arbres dansant, je les attrape, je les touche de mes mains, j'enterre leurs sensations en moi et je souris.
Etrange est ma relation avec le vert. Je parcours des journées à me perdre, à ne plus savoir ce que je suis ni ce que je fais. Je tourne en diagonale. Je pense à tout en meme temps. Je m'emplis de mille émotions jusqu'à ne plus sentir, jusqu'à ce que obscure soit ma vue. Je m'effondre sur l'échelle de ma vie. Je l'écarte. Je n'en veux plus. Je ne désire plus grimper. Je me rase au sol. Je me prosterne. Je ronge tous mes ongles. Puis je me dis que finalement c'est la loi de la nature qui afflue. Je suis soumise tout bonnement à ces règles; si vitesse est grande, si energie est forte les particules s'altèrent. Le néant survient. Plus rien. Ni mouvement ni rasonnance. Rien. le rien s'installe. et moi je ne suis qu'un amas de particules donc forcément en rotation sous tous ses effets. Arrivée au bout de cette connivence, je lance mon regard vers une étendue gazonneuse. Je m'assieds près d'un arbre et j'absorbe tout le vert que m'offre cette nature, c'est alors que tous mes sens se désaltèrent, que je me stabilise, que j'atteinds mon équilibre de nouveau. Mes turbulences interieures se poursuivent. Je crée mon champ ponctué de jolies odeurs et je reprends ma course. Les mots ne viennent plus, je les draine vers les lieux de leurs errances et je m'en vais juste le temps de caliner une feuille, la sentir puis si dieu le veut recourir.
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