Yamanda

Publié le par imanita

 Elle etait là, assise sur la muraille, à cheval, pied sur le carrelage grisatre du sol du jardin et l'autre sur la terre à peine arrosée du potager de grand-père. Chaque jour à sept heures et demie du matin il mettait en marche toute la tuyauterie pour l'arrosage du jardin...

 Elle etait là, elle regardait...
 Des racines de menthe fraiche, entre lesquelles les cours d'eau frisaient leurs chemins. Des branches de verveine tronaient sur l'angle de sa vue. Des petits champs de persil, de coriandre s'avoisinaient.
 Un peu plus loin, un arbrisseau d'où pendaient trois ou quatres petites tomates calées par des tiges de canne.
 Un bananier, un grenadier, un framboisier encerclaient le puit et le bassin qui receptionnait l'eau à peine filtrée.
 Yamanda, comme grand-père la nommait, etait là, de ses petits pieds, devait deviner les trois marches qui se blotissaient entre les vegetations murales et les arbustes naissants.
 Elle se mirait dans l'eau du bassin etroit et se rapellait les après-midis avec ses cousins-frères qui s'y plongeaient et de leurs cris qui égayaient l'immense jardin...grand père c'est à peine s'il se reposait sur sa chaise que Yamanda accourait, se jettait dans ces bras, il la chatouillait, elle se pliait de rires,s'échappait, courait un seul petit tour et revenait reprendre ces rires....

Yamanda..la belle époque je dirai...

 Les semaines "blé" où le monde s'activait autour des bassines en bois. Le lavage. Le séchage sur les draps multiclores dressés sur tout le sol du jardin. Se suivaient ensuite les scéances triage des graines où toutes les femmes participaient ... Yamanda était là.

 Les semaines "fleurs d'oranger" où les pétales étaient cueillies à même le sol des deux grands arbres d'oranger. Le rassemblage des fleurs blanches. L'étalement sur les linges blancs, sur les tapis des salons. Le parfum enjouait les airs. La senteur énivrait les sens...
 La journée distillation. Les gouttes de l'eau magique coulaient une à une. La vapeur dans la maisonnette du jardin. Les recipients en file pour les tantes et les oncles....Yamanda s'en rappelle.

 Les semaines "biscuits". La farine. Le sucre. Le chocolat. Les fruits confis. La pate d'amande. Les mains qui nouaient, pliaient, ajustaient, décoraient, se brulaient, portaient les plateaux. Les visages rougis par les chaleur des fours tous activés dans la grande cuisine et les mains qui gouttaient surtout...Yamanda dégustait.

 Les semaines "escargots" où ils mijotaeint dans un délicieux breuvage après avoir brouter deux bonnes nuits dans de la carotte râpée...Yamanda effleurait les cornes.

 Les journées "khli3". Les journées "ghassoul". Les après midi bain-maurre. Les après midi "henné" de grand mère. Les vendredis "couscous". Les samedis dégringolades. Les dimanches foret...

Yamanda la belle époque...
 
 Des années ont passé. Grand mère est partie. Les fleurs d'oranger sont parties avec. Le hénné est parti avec.

 Yamanda garde l'odeur de la fleur d'oranger en elle, l'odeur du henné sur les mains de grand mère, l'odeur du jasmin émanant des fleurs blanches et jaunes le soir, l'atmosphère parfumée, le son de la goutte distillée au fond du couvert bronze.
 L'eau d'arrosage du jardin de grand père est encore sur son visage, le gout des bonbons enfouis sous les trois pièces du caftan de grand mère, sa petite sacoche pleine de caramels, de chocolats, de petits noix, Yamanda en dénichait à l'aide de ses cousins au fond du placard, Yamanda avoue que c'etait juste une fois...

 Yamanda reprends ces rires, s'étouffe de rire. Dans sa main une pétale de jasmin, dans l'autre une fleur d'oranger, elle sautille sur la muraille du jardin. Grand père arrose toujours ses plantes. Les couleurs des fleurs dansent. L'odeur du parfum à mille fragrances chante dans son esprit...

 Yamanda a grandit, l'adulte qu'elle découvre en elle ne quitte pas l'enfant qu'elle a toujours été...

 Grand-père se penche toujours vers ses plantes. Yamanda se penche vers grand-père, dépose tendrement un baiser sur sa main. Grand-père lève vers elle son regard plein de douceur et lui souffle:  Yamanda comment vas tu ma fillette? yamanda a les yeux emplis d'eau encore une fois, d'arrosage? elle ne sait pas ? d'émotion oui ça doit etre ça...
Yamanda répond en chantonnant:" je vais bien grand-père, je vais bien babahaj".

IB.


Publié dans imanita

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imanita 04/01/2006 12:14

samir* je te l'accorde
taititi* je te retourne tous ces adjectifs, tu es fabuleuse.
hamza* bien vu l'ami et je me disais personne n'a fait le lien:)

Aboulfeth Hamza 27/12/2005 14:27

ça me rappele la mer d'El walidia..

taititi 26/12/2005 17:17

yamanda , yacouta , ghazala,....... unique ,ravissante, bonne, souriante, superbe , splendide, elevée, digne, formidable, forte, estimable, coquete, parfaite, incomparable , merveilleuse , noble, plaisante , superbe, stupifiante , brillante, charmante ....... tu possedes tous les compliments du monde .
 A ma yamanda à moi aussi .
 

Samir 26/12/2005 16:46

Moi, je crois que ts ce qu'on fait dans notre vie est conditionné par notre enfance! chose que tu décris avec brio dans ton post.
on est ts des enfants à un moment ou un autre dans nos vies, nos coups de colère, notre façon de dire les choses de les comprendre....tiens moi par exemple, je croyais et pendant longtemps que ma grande mère est partie à la mecque est s'est installée là bas (histoire de me faire comprendre, que je ne la reverai jamais ... morte)
bravo Imanita