Nora

Publié le par imanita

Entre toutes les grandes bâtisses, gisait le vieux terrain recouvert de nombreuses herbes folles, comme j'aurais dit si j'avais encore dix ans; les plantes anarchiques, les arbustes, les fruits de hazard de toutes les graines transportées par le vent avaient élu cet endroit comme le leur, l'avaient apprivoisé comme si c'etait leur terre nouricière; les herbes  s'amoncelaient  toutes et dominaient la place centrale comme pour exprimer leur droit à la vie malgrè tout et tout le monde, elles s'agrippaient les unes aux autres, elles se cramponnaient à la moindre petite branche, s'effleuraient sans contrainte sous le soleil, sous le vent sous la pluie, peu importe le climat, peu importe les ténébres les ouragans, arc en ciel ou brise matinale rien ne faisait la difference, ces herbes etaient là, y persistaient et se cramponnaient à la vie comme pouvait se cramponner cette âme solitaire, oubliée, rejetée par ses semblables, chatiée, injuriée, cette lamentable créature jumelle de ces herbes, soeur dans l'âme et dans le coeur de ces herbes folles avec leurs épines et leurs racines enfouies au ras du sol, elle s'abritait sous ces murailles végétales, en avait fait ses copines, en avait fait ces voisins de  nuit, ses amis dans son ennui, ses compagnies dans son oubli dans sa solitude, dans son errance et son agonie; toutes ses veilleées nocturnes,
elles étaient là pour elle, elles étaient à l'ecoute de ses souffrances, elle leurs avaient raconté sa vie de gamine jusqu'à celle d'aujourd'hui, elle leurs avaient conté sa petite enfance en famille, ses parents, sa mère, son père, toute sa fratrie, les paisibles moments qu'elle avait dû partager dans sa modeste maison, son premier jour d'école,ses petits camarades, son adolescence animée par ses nouvelles connaissances, ses rêves à quatorze ans, ses émotions, ses joies et son insouciance, ses états d'euphorie qu'elle partageait avec ses cousines et les filletes de la ruelle voisine;

tout ce beau monde, elle a dû s'en séparer petit à petit pour rejoindre la terre des grands, le monde des adultes avec ses peurs et ses craintes, elle abandonnait en elle la douce fillette pour se métamorphoser en femme adulte; à un tournant de sa vie,  terrifiée par l'inconnu, la conscience lui échappa, elle dû virer, prendre un autre chemin semé d'embuches, tortueux, un labyrinthe vivant, cultivant ses sinuosités parmi ces herbes, ces brins de folie ...
Un matin comme les autres, après une nuit lamentablement passée entre les sujets de sa rebelle compagie, elle se reveilla aux sons de déchirement de ses amies, sous ses haillons, elle devinait que le feu avait pris lieu, il s'emparait de ses babioles imaginaires, de ses lustres qu'elle avait soigneusement caché sous son oreiller de paille, elle ramassait, empilait sa garde robe magique, essayait de sauver le maximum de ses jolies tenues, ne pensant à rien, elle croyait que c'était encore le destin, que le feu n'était que l'élément qui devait suivre le vent, elle relevait la tête pour deviner que ce grand feu qui prenait d'assaut toute sa demeure était le prix qu'elle devait payer à ce beau monsieur qui avait donner l'ordre d'en mettre là où terrée, la pauvre créature "Nora" avait bâti son monde, l'avait adopté et caliné comme une mère pouvait caliner son enfant, l'unique, le polyhandicapé, le morveux, le retardé mental, le bercer de toute son âme car il etait sien et elle etait  là tout simplement pour ses peines ..
Nora a perdu son furtif abri, on a mis feu à sa demeure, quelques pas, une dizaine de mètre plus loin elle s'accroche de nouveau aux débris qui s'entêtent, aux herbes échapées au feu, un bonhomme à l'allure chetive lui jette des cailloux et des gros pour qu'elle s'en aille, je sens en moi une rage monter dans la fumée du feu envahissant le ciel comme pouvaient l'envahir les cris de nora ...
 je crie de toutes mes forces pour que le bonhomme s'arrête, Nora me vit du balcon de ma bâtisse, elle me supplie, elle a bien vu, elle a bien senti que dans mon coeur je porterai toujours son cri à elle en moi, toute cette injustice, tout le rejet de tous ses semblables, elle a eu une vie tourmentée, elle sombre dans la folie et tous ces autres que font-ils ? ils s'ennuient de la voir périr, ils s'ennuient de sa présence, ils s'ennuient et mettent feu à l'abri d'une créature qui aurait très bien pu mener une autre vie, une autre existence, une existence meilleure,une existence plus calme, plus sereine, peut-être aurait-elle pu être la leur,... la mienne,... la même,...
peut être...

A celle dont j'entends encore les cris...
A Nora...

IB.

Publié dans Histoires d'ailleurs

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imanita 02/11/2005 00:35

bsima*: ::)
Larbi: ça me va droit au coeur, merci pour tes encouragements et Mrhba :)

Larbi 02/11/2005 00:21


Un texte intense et émouvant.
Le monde de Nora sonne vrai dans les moindres détails.

Imanita : Ton âme dégage une aura de sensualité. Continues à l’écouter et à nous faire part de ce qu’elle te dise.

Bsima 01/11/2005 14:50

joli... intense... Bcp de vrai non? Ce cri... faut le sortir.. ne pas le laisser au fond de soi...

imanita 31/10/2005 13:42

mehdi* merci quoique le cuber doit etre pour quelque chose ::))
mimokun* c'est fait merci

mimokun 31/10/2005 04:01

Halo imanita,
je voulais t'envoyer l'invit pr medville mais je ne retrouve pas ton e-mail?