elles étaient là pour elle, elles étaient à l'ecoute de ses souffrances, elle leurs avaient raconté sa vie de gamine jusqu'à celle d'aujourd'hui, elle leurs avaient conté sa petite enfance en famille, ses parents, sa mère, son père, toute sa fratrie, les paisibles moments qu'elle avait dû partager dans sa modeste maison, son premier jour d'école,ses petits camarades, son adolescence animée par ses nouvelles connaissances, ses rêves à quatorze ans, ses émotions, ses joies et son insouciance, ses états d'euphorie qu'elle partageait avec ses cousines et les filletes de la ruelle voisine;
tout ce beau monde, elle a dû s'en séparer petit à petit pour rejoindre la terre des grands, le monde des adultes avec ses peurs et ses craintes, elle abandonnait en elle la douce fillette pour se métamorphoser en femme adulte; à un tournant de sa vie, terrifiée par l'inconnu, la conscience lui échappa, elle dû virer, prendre un autre chemin semé d'embuches, tortueux, un labyrinthe vivant, cultivant ses sinuosités parmi ces herbes, ces brins de folie ...
Un matin comme les autres, après une nuit lamentablement passée entre les sujets de sa rebelle compagie, elle se reveilla aux sons de déchirement de ses amies, sous ses haillons, elle devinait que le feu avait pris lieu, il s'emparait de ses babioles imaginaires, de ses lustres qu'elle avait soigneusement caché sous son oreiller de paille, elle ramassait, empilait sa garde robe magique, essayait de sauver le maximum de ses jolies tenues, ne pensant à rien, elle croyait que c'était encore le destin, que le feu n'était que l'élément qui devait suivre le vent, elle relevait la tête pour deviner que ce grand feu qui prenait d'assaut toute sa demeure était le prix qu'elle devait payer à ce beau monsieur qui avait donner l'ordre d'en mettre là où terrée, la pauvre créature "Nora" avait bâti son monde, l'avait adopté et caliné comme une mère pouvait caliner son enfant, l'unique, le polyhandicapé, le morveux, le retardé mental, le bercer de toute son âme car il etait sien et elle etait là tout simplement pour ses peines ..
Nora a perdu son furtif abri, on a mis feu à sa demeure, quelques pas, une dizaine de mètre plus loin elle s'accroche de nouveau aux débris qui s'entêtent, aux herbes échapées au feu, un bonhomme à l'allure chetive lui jette des cailloux et des gros pour qu'elle s'en aille, je sens en moi une rage monter dans la fumée du feu envahissant le ciel comme pouvaient l'envahir les cris de nora ...
je crie de toutes mes forces pour que le bonhomme s'arrête, Nora me vit du balcon de ma bâtisse, elle me supplie, elle a bien vu, elle a bien senti que dans mon coeur je porterai toujours son cri à elle en moi, toute cette injustice, tout le rejet de tous ses semblables, elle a eu une vie tourmentée, elle sombre dans la folie et tous ces autres que font-ils ? ils s'ennuient de la voir périr, ils s'ennuient de sa présence, ils s'ennuient et mettent feu à l'abri d'une créature qui aurait très bien pu mener une autre vie, une autre existence, une existence meilleure,une existence plus calme, plus sereine, peut-être aurait-elle pu être la leur,... la mienne,... la même,...
peut être...
A celle dont j'entends encore les cris...
A Nora...
IB.
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