mon île

Mardi 6 juin 2006

...

 
 ...L'air est frais.
 L'odeur du jasmin a disparu.
 Les pêches se sont ecroulées une à une sur le sol.
 Les grenouilles se sont tues.
 Le chat a cessé de miauler.
 Le vol des oiseaux a flanché.
 La nuit renferme le jardin scellé sous le parfum fort de son linceul rabattu sous le chant de la prière de alassr.
 Il n'est plus.
 Babahaj n'est plus.
 Yamanda te pleure Babahaj.
 Yamanda t'aime très fort Babahaj.
  
 Paix à ton âme mon Babahaj...

IB.
par imanita publié dans : moi
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Samedi 3 juin 2006
 Les toits blancs s'etendaient le long de sa vue. Les draps étalés le long des murailles. Les tapis  s'ensoleillaient sur les terrasses des voisins, elle amassait son regard plein de nostalgie, son coeur était resté flottant sur la baie de Tanger, sa maman, ses soeurs et ses petits frères.
 Ses seize printemps à peine entamés, khnata devait épouser la chaleur de cette ville où son destin l'avait mené tout comme elle devait épouser le mode de vie redondant de sa belle famille.
 Elle inspirait. Tanger traversait ses narines.Tanger qui avait fait d'elle l'enfant, la belle.Tanger l'intrenationale. Tanger la bourgeoisie, les machines à laver, les fers à repasser, les shampoings, les savons, la farine blanche, le riz italien.
 Khnata se rememorait  les sejours dans la maison familiale, les grandes receptions, la porcelaine, l'argentrie, le raffinement des ornements.

 Khnata la Tangeroise. La guerre eclatait, les vivres et les munitions se faisaient rares à fes. Les telegrammes fusaient de partout, les morceaux noirs de savon affranchissaient les vetements de leurs poussières, khnata continuait à frotter. Dada Mrzaka etait là pour approuver l'eclat blanc des etoffes qu'elle dressait sur le fin fil d'acier supendu. Les marmites dont les contenus mijotaient répandaient des odeurs qui faisaient fremir le plus insensible des palais. Les repas familiaux reunissaient le petit monde comme le grand monde. Son premier enfant naissait à Fes. Dans ses veines Tanger se deferlait. Tanger la clamait. Son mari mutait, elle regagnait sa ville natale,  retrouvait son enfance dorée entre les vents de l'atlantique et la mediterannée. Le joyau de la famille comme son père adorait l'apeller venait de preter à la vie son second bébé Jawhara.

 Jawhara comme son prenom le predisait, etait la jolie pierre animée de la maison. La fillette rayonnait, la blancheur de sa peau, le chatain de ses cheveux, les traits fins de son visage berçaient la beauté qu'elle allait etre. Insouciante elle s'abritait sous le ciel bleu, le soleil egayait ses années, les vents de Tanger polissaient la douceur de son mignois.
 Amal son futur mari la cherissait, en prenait soin telle une rose qui se preparait à eclore.

 Amal et Jawhara " trbouch" et sa "chachya", l'éclosion  de la fleur. Le parfum du bonheur. Un amour sans faille. La fusion de deux ames.

 Jawhara inspire, marque une pause, une larme fend sur sa joue. Son cou penché vers la fenetre, ouverte sur le jardin, caline son bonheur enfoui dans la verdure des arbres qu'elle comtemple.

 Amal la dorlottait comme il dorlottait leurs deux enfants. Après le dejeuner, partait à son bureau, retournait à la maison, faisait signe à sa dulcinée puis reprenait chemin, à peine arrivé, il telephonait pour entendre un brin de sa voix. Les sorties, les voyages, les fetes, la tendresse. Les regards admirateurs des voisins du joli couple qui se paufinait .
  Un matin pas comme les autres pour feter leurs dix années de bonheur intense,  avec son air malicieux Jawhara essayait de deviner son cadeau, son mari lui insinuait que le lendemain elle verrait. Le lendemain ne venait point Amal s'est envolé à dieu. Jawhara sombrait dans un coma profond. Elle venait d'empieter la passerelle entre son bonheur et son malheur .
 
 Jawhara se tait, me regarde tendrement puis poursuit.

 L'amour de sa vie a quité le bas monde, veuve à vingt huit ans, deux bébés, deux années en déni, deux années de deuil puis elle comprenait que Amal etait vraiment parti .
  Akram un ami qui affectuait particulièrement le couple a su reprendre les blessures de Jawhara les soignait comme il pouvait, adoptait ses enfants et racontait assis près de Jawhara comment il avait été admirateur du couple et du défunt et avouait oh combien il etait heureux que le bon dieu lui envoyait un cadeau du ciel aussi énorme; Il continuait sa phrase et j'entrevoyais l'émotion remonter en ce bel homme au coeur tendre et au visage serein .

  Jawhara la blessure à l'ame, parcourait ses souvenirs et me dit: "Amal a mis au monde les enfants de Akram. Et moi mon coeur bascule toujours entre les deux hommes de ma vie et j'en remercie dieu " .

Jawhara plonge  ses yeux dans ceux d'Akram. Le sourire sur les deux visages. La vie dessinée au fond de leurs mémoires. 
Que dieu est bon, me disent -ils. Que dieu est clément.

IB.
par imanita publié dans : Histoires d'ailleurs
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Mercredi 17 mai 2006
 Le soleil emplit le ciel, étend ses ailes vers les nuages, les câline les emporte loin de mes yeux. Le bleu qui penche au dessus de ma tête me dilate les neurones. Mes muscles se relâchent, leur crispation s'est concentrée en une buée énorme qui embrasse les vitres de la maison hantée de mes délires.

 J'emboîte le pas. Je claque la porte. Derrière moi les bruits
sont camouflés. La fumée du tabac. Le vacarme. La musique tordue. Les regards errants. Les visages apathiques. Le chagrin. Le collier luisant fait de fausses perles.

 A m'anéantir j'en ai usé. De tristesse je me suis longtemps assaillie. A regarder ces hommes et ces femmes se perdre et moi qui m'attablais juste à coté d'eux. N'en étais-je pas la compagne? N'étais-je pas leur semblable?

 Je parcourais l'air enfumé. Je maintenais ma veste entre mes deux avant bras comme pour maintenir mon cerveau bien droit. Je buvais mon eau. Ma soif de vie se faisait de plus en plus grande. Ma sœur en face. Une discussion qui tournait autour de rien ou enfin c'etait moi qui, vacillée, n'écoutais rien.
 Je buvais mon eau à hydrater les plus rêches des peaux de ma cellule.

 Un temps s'etait passé.

 Je me levais, me dirigeais calmement vers la porte vitrée.
 La buée s'accumulait et arrachait les dernières particules de ma sueur. Mes écorchures devaient coller à la paroi. Les grains les plus sablonneux de mes requêtes maléfiques s'envolaient. Je me débarrassais de mes égratignures. Mes fissures ont pris des heures à se stabiliser. Ma buée les embaumait, les palissait. Elle comblait les espaces vidées par l'écoulement de mon sang sur la baie de mes tourments. J'en tremblotais. Mes cheveux tenus par un tour de tissu blanc ou bleuté, je n'en suis plus consciente. Mon regard volait au delà de mon corps. Des scènes trop lumineuses.
 Des bras fragiles m'ont dorloté quand le brouillard se faisait immense et qu'il ne me désolait pas plus qu'il ne m'envoûtait. 

 Quand... et quand les mots se brisaient. Quand mes mouvements se mourraient...

  Un vertige me prend, me berce, je le pousse vers la falaise de l'oubli, je le traite en l'esclave de mes phrases qui en cabrioles étourdissaient le bon sens à mon existence...

  J'enfonce la poignée de ma buée. Je balance mes pieds un peu dans le vide. Une marche m'accueille puis une seconde. Délicatement en une seule enjambée, j'épouse le sol, la terre ferme.
 Je respire profondément. Je me retourne. La grande vitre qui me sépare de cet endroit clos m'apprend toute la différence.
 Ma buée continue à affranchir les quelques corps qui sont à l’intérieur et moi de là où je suis, je respire l'air pur, égayant cette soirée.
 Une lumière bleue tamise les plus endurcies parcelles de mon désespoir. Une presque lune étale ses joues sur le ciel.
 Il est vingt trois heures et pourtant une lueur comme celle qui se lie à l'aube,
à l'aurore, se faufile entre les arbres humains que nous formons sur la place...

 La paix se livre à la vie et je continue .

IB.
par imanita publié dans : moi
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Lundi 8 mai 2006
 Un diner entre amis. Des rires. Des blagues. Des sourires. Du chocolat. Minuit. Embrassades de partout. Tweety. Merci. Je vous aime. Un par un je vous embrasse. Salwa. Amine. Hicham. Hind. Mehdi. Mouna. Brahim. Hayat. Yassine.


 
 Jeudi 04 Mai un nouveau départ dans ma vie. Sac à dos. Sac de couchage. A 02h du matin je dors. Reveil à 06h. Presentations à 07h30. Nouvelles rencontres. Nouveaux visages. De la reserve au début. Bagages en place. Materiel medical et paramédical.  Hope.  Fondation Mohamed V. Equipe de 9. Départ de Casablanca pour 650km environ. Vers les portes du Sahara. Discussions. Complicité. Affinités. Marrakech. Dejeuner. Super marché. Provisions pour 4 jours. Démarrage. Mosquée. Tichka. Kasba. Vallée verdoyante. Oueds. Montagnes. Vertige. Beauté. Route. Photos. Virages. Pistes. 4x4. Degringolades. Rires. Paysages sahariens. Village. Acceuil. Oxygène. Village. Tayfsst. Population 250 habitants. Arrivée.  Acceuil. 01h du matin nous dormons. 04h du matin reveil pour les uns prière de alfajr oblige. Reveil à 06h30 pour les autres. File.
Tafrnoute. Mise en route de la journée. Bonne humeur. Consultations jusqu'à 21h du soir. Escapade vers la vallée. Reseau. Retour vers la maison d'acceuil. Convivialité. L'eau de rose. Calme. Etoiles dans le ciel. Lune. Discussions. Papotages. Sourires. Nous dormons les sourires sur nos faciès. 02h matin extinction des feux. 07h du matin reveil. Consultations. Caravane. Dunes. Rallye. Rencontres. Photos. Repos dejeuner. Reprise. Vallée. 4x4. Pistes. Village.Ait Faress.  Population de 700 personnes. Consultations. Examens à meme le sol sans chaussures et sur des tapis. Bureaux banis. 21h . Reunion avec les villageois. Conseils. Règles hygiènodietetiques. Reprise de route. Ouarzazate. 02h du matin. Substance réticulée activée. 06h du matin reveil. 650km à traverser. Joie. Asthénie physique. Bonheur. Bilan: Une vrai équipe. Esprit de groupe. Qualités humaines. Amitiès. Altruisme. Sourires des patients. Beaucoup reste à faire. Satisfaction. Serenité.

Une rose à chacun des vous. Amis du desert.
Siham  Ma voisine de palier.
Ouissam  Aoudou billah mn chitane rajim.
Zineb et les secousses.
Naoual et le brossage des dents.
Hiba et la discretion.
Hasna et l'organisation. J'adore.
Zouhair  et la consultation en bonne et due forme.
Aida et le PJD .
Et moi meme à la Imane.
Mr Omar, Mme Fatema , Mme Mariam pour l'association Oxygène merci au nom de toute l'équipe.
Sans oublier si Brahim et si Alhoussain nos guides sur les portes du desert.

A vous tous Taghitghoufinoune koulchikoune.


IB.
par imanita publié dans : Clin d'oeil
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Samedi 29 avril 2006
 Une caresse sur mon visage. Les douces fines paillettes cristallines de l'eau rafraîchissent les étoiles de mon cœur. J'entends de loin raisonner le tam-tam de mon enfance.

 Une déferlante cohue de gamins nous étions. Nous courrions par dix chemins en même temps.
 Sous les murailles nous jouions tous à des jeux inventés par nos délirantes imaginations.
 Habillés de toutes les couleurs. Sous nos petites franges, nos petits yeux  ramenaient les regards malicieux vers les coins du jardin les plus reculés de la maisonnette.
 Nous les filles, beaucoup plus que les garçons, étions observatrices des rimes, de la chansonnette fredonnée par la tribu que nous formions.
 Des rires s'élançaient vers l'oranger et nous tous étalés sur nos dos sur l'espace vert regardions vers le ciel  le vol d'un oiseau qui venait s'écraser sous le bois de l'arbre culminant.
 Nos flaires nous ramenaient
souvent vers des oisillons en phase d'agonie, nous les ramassions, les déposions dans la main de chacun puis décidions dans un esprit collectif tangeant vers la tristesse à trouver un refuge au petit corps dans la terre. Réunis autour, nous balbutions nos prières et nous saluions le petit oiseau.
 Des séances comme celle-ci, nous en rebroussions chemin pour retrouver nos parties de marelles inachevées, les centaines de billes éparpillées, nos morceaux de craie dessinant des carreaux sur le muret.
 Nous nous déplacions en masse chantonnant nos refrains...Nos billes plein les poches.
 Les garçons s'alignaient et sous nos regards de fillettes nous évaluions les prouesses urinaires des quelques cousins qui osaient.
 Nous courrions vers les tonneaux, tour à tour, nous prenions place, tantôt au fond du vert, tantôt du bleu et sous les mouvements affolés des petites mains nous étions chacun roulé, les vibrations vocales s'amplifiaient et nos petits dos rencontraient la grand marche qui n'était pas épargnée mais qui plutôt marquait la fin du parcours abracadabrant. Nous sortions du tonneau ébouriffés, le sourire un peu louche, le rire sur le coté et pourtant ... nous recommencions... nous nous admirions ... nous adorions nos folies ...

Nos folies ont-elles finies?

Des années plus tard. Je pousse la porte. Je me faufile entre les souvenirs. Je revois grand mère qui n'est plus. Des larmes j'en essuie de sous mes paupières. Sa présence passée effacera t-elle son absence éternelle?

 Les gamins que nous étions courent toujours dans l'immense jardin, le parfum des roses y est...

 Je dépasse la marche. Mes souliers roses sur le gazon. Mes pieds respirent l'herbacée. Je me hausse vers la branche, j'en ramène trois pêches, une odeur sucrée excite mes papilles.

 J'inspire délicieusement l'odeur de mon enfance et je rêve toujours et mes rêves sont toujours sucrés.

 De rose vêtue. Je me redonne à la vie. J'inspire la pêche sucrée.
 Je tire par le bras, les petits neveux habillés en rouge, bleu, orange et blanc. Je les vois traverser le miroir de mon enfance colorée, la leur maintenant et je dépose de petits bisous sur leurs joues toutes roses.

La vie reprend. La vie s'en va. La vie revient.

L'oisillon, l'oiseau prend son envol.
 
La pêche entre mes mains. Je m'envole dans un éclat de rire puis je me pose. Le sourire entre mes fissures...

Le rideau sous mes cils glisse. J'inspire.

Le chant lointain d'une meute d'enfants se fait lire.

J'écris l'odeur.

De la pêche sucrée entre les roses.

Le chant se poursuit.


IB.
 

par imanita publié dans : imanita
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Dimanche 23 avril 2006
 Je me suis éteinte sous les lumières sombres de ma nuit.
 Le fantôme en moi s'était soûlait à l'odeur de tous ces corps humains qui traversaient mollement ce labyrinthe.
 Les murs de verre étaient souvent brisés sous les intrusions brusques de bras, de têtes, de jambes.

Des masses se heurtaient à la même seconde à un portail qui leur semblait ainsi mais qui en fait se faisait plus étroit que dans la dimension de leurs cerveaux.

 Des gens accouraient de partout. Des enjambées dans l'air du labyrinthe cloisonné par les talentueuses expositions transparentes.
Des paroles, de la sueur, mêlées à des pas humains qui transportaient vers le bout toutes ces âmes, mais le bout de quoi, me demandais-je?

 Et la vie ronronne au fond de moi. Et le labyrinthe ne fait que s'amplifier. L'image cloisonnée se clone et la masse humaine s'accroît, et les bouts de verre s'arrachent...

 L'image animée se poursuit devant mes yeux. Des naissances jusqu'à la volée de l'âme, on se fraie des bouts de route au sein du labyrinthe.

 Tantôt l'on est accompagné. Des rires, des sourires. On s'accommode au rose rêvé. On cherche le vert espéré. On sautille de joie au rouge illuminé. On se calme au blanc enneigé, et on avance.
 Sous nos pas le sol s'agrège, se replante et en reçoit d'autres.


  Tantôt l'on est seul, dépourvu d'une troisième ou d'une quatrième oreille qui nous écouterait, on parle à soi même. On place notre main gauche au sein de la droite comme pour rappeler à notre cerveau que c'est seulement à deux que la normalité existe. On cherche toujours à établir la symétrie dans nos gestes, à juxtaposer notre vie à celle d'une autre personne.
 Le chiffre deux tapote de son pied dans notre inconscient. On se cherche puis on avance quand même sous le flux grondant de la foule...


  Et on marche. Dans tous les sens on marche. On se croise. On se parle. On sourit. On éclate de rire. On se promet. On se quitte. On remarche. On franchit des soi-disant issues différentes. On se perd. On croise de nouveaux visages. On se parle. On sourit. On éclate de rire. On se promet et on remarche...On avance encore un petit peu. On recroise certains. On aperçoit les uns. On continue les bras dessus dessous avec quelques uns, et on marche...

 Le labyrinthe regorge d'attentes, d'espoirs, d'illusions...

 L'image s'extirpe de moi, puis je la rattrape, je veux comprendre.

Pourquoi?

 Le pourquoi éternel sur l'existence de ce dilemme en nous, en moi.

 Le labyrinthe farouche. Le labyrinthe nous apprivoise un moment, le temps d'une vie, le temps de juste avant la bousculade où enfin il prend fin .

 Je suis en sueur.
Une douleur transfixiante me rejette sur un mur en verre transparent.
Je reprends mon souffle de cette course abondante.
Je ferme les yeux un moment pour éclairer ma raison.
J'écoute mon cœur qui tambourine sous mes oreilles.

 J'inspire.

 Mes doigts se tordent, se marient, se quittent, dansent, se regardent, se sourient, se souviennent: une odeur de mandarine me lâchent ils dans le cerveau. Je n'ai pas touché de mandarine depuis hier, j'ai lavé mes doigts, mes mains, mille fois depuis hier et un demi million de fois ce matin, et pourtant mes bouts de doigts se souviennent de l'odeur de la mandarine... la mémoire, ma mémoire se cristallise, je lâche un soupir.
 
 Je bois du lait à la cuillère, j'ai de l'amer sous la langue.
 Je m'étire, mes omoplates cherchent leur souffle sur les bords latéraux de mon aura. Je suis un chat, je ne miaule pas.

 J'inspire à nouveau.

 Mon labyrinthe se dandine.

 Je m'empaille.


IB.
par imanita publié dans : moi
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Mardi 4 avril 2006
 Je verse lentement mon eau.

L'eau se répand sur le duvet de la petite jarre.

La nappe de mon  ciel étoilé se noie  sous les perles d'eau.

Mon coeur bat au fond de mon lac boueux.

Mes yeux brillent  sous les neiges, sous les paroles, sous le soleil ardent.

Je m'écrase contre le sol, je me reprends au vol des oiseaux muets, je me leurre. Un bruit. Un silence lourd sur mon corps comme le temps sur la vie.

Je ne respire que vide.  Je me cloisonne. Je me faufile sous mes pions.

Mes doigts ne dessinent plus rien.

Mes orteils gelés par la sueur de mon dos.

Je sursaute d'effroi, je me blottis contre je ne sais plus quoi...

Je vais vers un arbre vert endurci, l'arbre a moisi, l'arbre a pourri.

Je retourne vers l'oubli, celui ci m'arrache à mes tempes qui font sonner mon cri...

 Je me détourne de mon oubli, j'embusque le pied dans la nuit de cette mer qui s'enfouit, j'essaye de respirer. Plus de pluie. La nuit sort de la voix de la mer, m'emporte, me jette sur le rivage de mes soucis.

 Le vertige se cramponne à mes cheveux. Mes mains ne respirent plus. J'ote mes pieds de leurs chassures, mes orteils transpirent la vie fouettée, la vie mal aimée.

 J'avale, oui je peux avaler ,sans pour autant gouter, l'odeur de la lassitude.

 J'erre sous les gestes de ce tendre visage, sa prière me communique l'aisance, une serenité, je me plante...

Les paupières alourdies par le vent de tempetes trop précoces.

Je m'affaiblis.

Je tremble sous ma peau.

Mon coeur bat si lentement que j'en oublie sa musique .

Je me tais.

Le silence me parlera peut etre un jour, le silence me contera mon histoire avec des mots plus simples peut etre un jour.

IB.
par imanita publié dans : moi
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Lundi 20 mars 2006

 Dans l'air du temps je suis suspendue. De mes mains je tiens les deux cordes auxquelles je m'accroche, avant mon saut dans l'espace volant, animé par la respiration bruyante, des spectateurs foulant cette gigantesque tente sous laquelle des numéros et des numéros défilent le long de l'année.

 Je me lâche sous ma tenue scintillante, j'inspire profondément avant ma lancée, je me coupe le souffle, et je me balance dans la pénombre. Je me transforme en une chandelle à deux bougies qui malgré la célérité déployée ne s'éteignent pas.

 Je m'abîme dans le ciel de cette immensité qui s'ouvre à moi.

 Je persiste et dans le flou du mouvement qui accompagne mon jet corporel, ma lumière, ma bougie se revivifie, les gens autour de moi disparaissent, leurs respirations se meurent sous mon souffle, ma lumière me prend sous ses bras et je m'envole...

 Je me vois sous plusieurs couleurs, je me perds, mes mots se perdent.

 Un bruit intérieur se creuse en moi, je n'arrive pas à le palper.

 Je songe...

 Soudainement, je ne peux plus rien formuler.

 Pourquoi ce vide, pourquoi ce sentiment de figée dans ce ciel, au dessus de ce cirque?

 Plein de rôles, trop de rôles. Le monde brille sous des ornements infinis, et maldéfinis. Qui emprunte quoi, pourquoi les uns prennent ce rôle là, pourquoi les autres se faufilent sous la soutane de ce rôle ci?

 Je reprends chaque séquence de ce que j'ai vécu, je me blottis contre ce qui me reste de ma tendresse en moi.
 
 Je me confonds à nouveau avec cette petite fille éternelle en moi, ses yeux ne  se décollent pas, elle a perdu son sourire, elle a perdu la lumière qui éclairait ses nuits. Elle a laissé chavirer quelque part dans ce monde cette lune qui se fondait  dans l'horizon sous le rayonnement tant audacieux de ce soleil...ses jours s'éblouissaient...ses jours périssaient...

 Je continue de m'élancer, je poursuis mon absence, je frôle une à une les molécules de mon espace, elles me câlinent, elles déposent sur mon être un baume mielleux, un parfum douceâtre s'en échappe...

 Je tire le rideau vert, j'ouvre ma fenêtre. Un ciel gris timide sous un soleil qui entreprend sa danse fugace, spontanée aux cotés de ma pluie...

 Plus rien, plus d'images, j'ouvre les yeux, je les referme.

 La planche de mon trapéziste n'est plus loin. Mon corps a dû sculpter de nombreux enrobages aériens pendant que je me scellais à ma transe...des bras, puis des jambes, des pieds, des visages absents...

  Un tonnerre se propage, un palmier s'obstine à faire danser ses branches sous un rythme un peu bizarre...

 Que des bizarreries, cette vie.

 Je replonge mon être sous cet allegretto, puis je me libère de mes  planches.

 Je brusque le vide mais cette fois-ci en une saccade verticale.

 J'atterris surs les filets protecteurs. J'ouvre les yeux. Les clameurs de la salle reprennent. La respiration de cette masse humaine reprend.

 Je reprends mon souffle pour le réadapter à cette échelle.

 Je m'assieds. Je croise mes jambes.

 Je ramène mes bras vers ma tête, j'entrouvre les mèches de mes cheveux sous un écartement furtif de mes doigts, puis j'ouvre mon petit coffret rouge que je retrouve à mon étonnement sur ces filets.

  Entre sol et ciel, je suis toujours suspendue. Le miroir au fond de mon coffret reflète mon regard. Je me souris. Des couleurs il y en a en palettes, je prends un pinceau, j'étale de la poudre orangée sur mes paupières, je me re souris, et je ferme mon coffret...

IB.

 
par imanita publié dans : moi
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Jeudi 9 mars 2006
 Je pince un petit amas entre mon pouce et mon index, le crépitement se fait ouir dans l'espace confiné de mes pensées.
 Les grains de sables giflés par les vents rejoignent une fois de plus les cerfs- volants rouges et jaunes voltigeant le ciel gris de cette journée morne...

 Le silence. Les mots ont taris. Je suis épuisée. Je me languis de mon sort. Je suis amnésique.
 Mes moments de joie se font floues dans le chapitre de ma vie. Je n'entends que cris. Eclaboussures.

 Je me cramponne à mes graines de sable, je les plonge dans les airs, elles nagent en un flot montagneux, elles dépoussièrent  mon existence des derniers vestiges d'une vie où je dû lutter, ma lutte est fini. Je me cloître dans mon coin amadoué. Je me fragilise pour mieux me fortifier.

 Mes graines continuent à errer, elles s'accrochent au fil de mes cerfs-volants, tenu par ma main, elles ensevelissent les nuages naissant de leurs courses. Le nuage disparaît. Le sable dessine une silhouette, ma silhouette, et si je n'étais que silhouette et si mes paroles n'étaient que illusions.

 Je parle, je formule sous mon nuage de sable les paroles des graines. Mes mots ne se font point entendre.

  L'image de cet enfant de quatre ans que j'étais ressurgit. Sur la plage. Un dromadaire, une liane autour de son cou tiré par les bras vigoureux d'un Gitan des temps. La créature s'approche de moi. Une peur me prend. Je crie de toutes mes forces, dans ma mémoire, le cri raisonne encore. Un cri confiné, un cri muet !
 Je me souviens encore de cette vibration sonore qui éclorait dans le ciel, je me souviens entièrement et de tous les détails, et ce pour la simple raison  que la scène du dromadaire je la revis encore, la peur me prend encore et je recrie et mon cri est encore plus confiné, mon cri est incompris.

 L'écume vient piétiner les débris rocailleux ainsi que les coquillages enfoncés dans le sol sablonneux.
 Les vaguelettes se retirent laissant respirer les quelques bestioles s'abritant sous la couverture de sable du rivage, les quelques bulles naissantes s'ouvrent vers le ciel, s'amplifient de mon cri, remontent, s'accolent aux brins d'eau qui s'échappent de l'océan, culminent d'un pas géant vers le nuage sablonneux de ma plongée cérébrale.

 Mes cerfs-volants continuent de parcourir le ciel, l'écume du vent, le sable de mon cri. Les bulles d'air enfouies dans le sable cheminent vers mon nuage.

 La liberté de voler.

 La soif de nager dans le décor de ma vie...

 Je continue de me trémousser, mes graines de sables ne finissent pas de s'étendre dans mon ciel et leurs percussions sur les cordes de mon eau prolifèrent...

 Je ferme les yeux. Ma guitare joue de ses cordes. Mon eau éclabousse son écume. Mon nuage fait battre la sonorisation de mes graines. Mes graines volent et dessinent l'envol de mon cri sur l'étang de ma vie...


IB.
par imanita publié dans : moi
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Mardi 21 février 2006
Une virée au coeur de la ville par cette soirée sans nom, les lumières des phares éblouissaient les yeux des mouettes endormies sur les toits de nos pensées vagabondantes, des pentes trempées de pluie qui s'était filtrée depuis deux jours sur le port de l'oubli, un vent qui sillonnait nos chevelures noires...
Un bruit amplifié par le cri de nos ames qui emplissait la voute grondante de cette immensité qui s'offrait à nous...

Les vagues qui venaient effleurer nos etres, la presque lune, la douce montagne, la femme rebelle qui empoisonnait la chair des derniers ivrognes qui traversaient ses ruelles encore illuminées par des lampadaires abrutis par les mots des quelques etres qui s'aggripaient encore à la vie...

Un silence, un morceau de pizza arraché à la hate des fourneaux, une fosse à la recherche d'une existence déjà loin dans la pénombre, des hommes creusaient et d'autres comtemplaient l'oeuvre par cette nuit endolorie...

Nous étions soudain loin, le flôt de la vie nous rabattait les ailes, nous marchions d'un pas volant...nous nous cherchons, nous nous perdons...la colombe blanche était bizarrement deux colombes roses soudées l'une à l'autre...

Nous continuons la montée de la pente ardue, nos coeurs ruinés par la vie en soupçonnaient la naissance d'une autre...

Nous entrons dans la foule, une banquette, des gens, des femmes, des hommes, de la fumée de tabac, de la musique qui ne m'atteind pas, mes yeux virvoltaient dans cette crispation collective, des bras qui s'élancent, des chevelures incommodes qui frisent le brouillard des cerveaux endormis, une fusion dans ma tete d'images entrecoupées de deserts, d'une terre infertile, de soif, de sécheresse, d'une froideur chaude des sens, des rires déchirés, des rires qui brisent le miroir de ces vies, une absence, des absences, un désordre dense...
Un brouillard d'idées m'envahit, je palpe l'oubli, je palpe le divan sur lequel je suis assise, le rouge brique des murs de cette salle sombre me rejette au fleuve chaleureux d'une vie que j'espère tant mais qui là s'embrouille dans le froisssement des corps, de ces silouhettes démarrant leur danse de nuit, de ces corps démunis de vie, des fils suspendus de leurs tetes à pas plus loin que le plafond de cette grotte qui les abrutit...
Aucune vie...
 Je ne sentais que du brouillard, des yeux en face, des yeux à coté, des yeux partout, mais aucune perception, mes sens étaient gelés, j'étais loin, mon bonheur était loin, mon bonheur est plus clair, mon bonheur est plus serein, mon bonheur est plus fluide, mon bonheur est un lac de fraicheur, une musique qui anime mon etre, une couleur qui danse, un parfum qui dessine mon sourire, une pluie qui adoucit la mélodie de la vie en moi...je cherche les yeux de mon ami, on se lève, on court, on remonte les marches, une  sortie, une ouverture, une vie qui s'offre à nous une lumière dans nos coeurs, la lune est là pour nous acceuillir...

 Les deux colombes étaient là pour nous dicter nos chemins, nous le suivons, nous continuons notre marche, je reposais ma tete sur le coeur de mon ami, et j'écoutais la vie, j'écoutais les premières notes d'une musique qui puise son chant dans les parcelles de cette pluie...le ruisseau est né, le ciel nous ouvre ses bras, les anges de leurs lumières s'approchent...les mots sont loins, les maux sont loins... l'eau est là, la pluie est là, elle m'héberge dans son ame, elle enrobe d'un fin fuselage amoureux nos deux coeurs, la pluie est ma reine, la pluie est ma compagne de bonheur...

On s'en va, la vie est là, les colombes percent de leurs gorges la fleur du bonheur...
L'eau se voit creer des ailes dans le coeur de l'océan, le vol de l'océan illumine la danse de nos coeurs ...
Le vol de nos deux vies a repris...
Les deux colombes ont décollé, il était temps, il était le bon temps, sans meme se regarder, elles franchissent le ciel pluvieux, elles s'envolent...

IB.
par imanita publié dans : Histoires d'ailleurs
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